Alain Broutin

Allez pleurer chez les Chinois

Mais mon cher,
J’ai beau lancer plein d’affaires,
ça m’revient beaucoup trop cher.
J’offre du travail aux masses
mais tous les jours faut qu’em’fassent
des manières et des grimaces.
J’suis seul face à la paresse
et dans mes affaires je perds
la face et la peau des fesses.
S’ils ne sont pas contents chez moi,
qu’ils aillent pleurer chez les chinois.

Si vous n’êtes pas contents chez moi,
allez pleurer chez les Chinois
.

Ça sabote, ça mène des luttes
et faut leur cirer les bottes.
Les grèves, c’est bien cinq minutes
mais qui c’est qui paie la note ?
J’leur ai dit la dernière fois : 
si j’peux pas vous donner plus,
c’est qu’c’est dans votre intérêt.
Allez voir chez les chinois,
ou bien chez les biélorusses
si vous préférez plus près.


Si vous n’êtes pas contents chez moi,
allez pleurer chez les Chinois.

J’me suis voté une belle prime ;
et alors, c’est pas un crime.
Faut bien qu’je sois motivé,
sinon gare à la déprime.
J’mets en garde les ouvriers :
faudrait pas trop m’chatouiller.
pour que j’me délocalise,
je n‘ai besoin qu’d’une valise 
et qui c’est qui s’ra victime
des compagnies d’intérim ?

Si vous n’êtes pas contents chez moi,
allez pleurer chez les Chinois.

Je suis un patron moderne,
la politique me concerne,
et comme j’ai l’air sympathique,
un jour faudrait que j’ m’implique
pour sauver cette république.
Mais pour le moment, très cher,
si mes salariés m’ pompent l’air,
je f’rais comme beaucoup d’confrères :
obligé, au nom d’la loi,
j’investirais chez les chinois.

Si vous n’êtes pas contents chez moi,
allez pleurer chez les Chinois.

Si vous n’êtes pas contents chez moi …

 

Texte déposé à la SACEM

 

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