Alain Broutin
Soirée banale à l’Elysée

1990, première guerre du Golf.
Mitterrand et Lang dans le bureau du président

                     Mitterand
Jack, versez-moi du thé. Quand le monde est en crise,
à l’heure ou les vautours appuient leur entreprise
sur notre angoisse à tous, un bon thé réconforte.
Reste t-il des biscuits ?

                                 Lang
                               Oui, Seigneur, j’en apporte.

                     Mitterand
Et que dit-on de moi, dans les rues, les faubourgs ?
Le peuple est-il sensible à mes nombreux discours ?
                                
                                 Lang                                
Oui, tous parlent de vous…de toi…de tes succès !

                     Mitterand
Allons, Jack, calmez-vous.

                                 Lang
                                 Tu nous rends fous, tu sais…

                     Mitterand
Je sais, Jack, oui, je sais.
                                
                                 Lang
                                  Ta seule renommée
fait trembler l’univers quand tu conduis l’armée.
Tu fais cent fois plus fort quand tu conduis la paix,
et quand tu parles, c’est, dans un si beau français,
que le peuple à genoux, attentif, hébété,
se nourrit par ta bouche et bénit ta bonté.

                     Mitterand
Je sais, Jack, oui, je sais. Le peuple en s’exprimant
montre comme il s’attache à mon gouvernement.
Mais les Grands, m’a-t-on dit, ont fait quelques réserves…

                                 Lang
C’est vrai, n’oublions pas de stocker des conserves.

                     Mitterand
Holà ! Quels sont ces bruits qui troublent mon couloir ?
Est-ce l’opposition qui rassemblant ses chefs
vient presque dans mon lit me porter ses griefs ?
Ne restez pas planté, mon vieux Jack, allez voir !

                                 Lang
Seigneur, c’est votre fou qui vient de s’échapper.

                     Mitterand
Mon fou, soyez précis. Lequel ?

                                  Lang
                                         Le plus frappé.

                     Mitterand
Ce n’est rien. J’ai moi-même ordonné qu’on le lâche.

Entrée de Lepen

                                 Lepen
Saddam Hussein est grand et grande est sa moustache !
Les autres sont des pets. C’est lui le chevalier
qui ne connaît ni peur, ni remords, ni pitié.
D’un seul geste il a tué deux cent milliers de kurdes,
un peuple qui n’avait presque pas existé.
Qui peut lui en vouloir ? Qui va les regretter ?
Contre un si grand pouvoir lutter serait absurde.
Oui, je hais les valets du perfide Oncle Sam,
et je n’ai qu’un seul dieu, qu’un seul héros, Saddam !

                                 Lang
Votre fou, majesté, a l’air en super forme.

                     Mitterand
Laissons-le s’exprimer.

                                 Lang
                              Ce qu’il dit est énorme.

                     Mitterand
Espérons, mon ami, qu’il va le répéter
car le peuple est toujours friand d’énormités.

                                 Lepen
En avant ! Suivez-moi ! Rejoignons les brigades
qui s’en vont libérer l’Irak assujetti.
Je pars ! L’heure est venue de mourir pour Bagdad !

Lepen sort

                     Mitterand
Il nous foutra la paix pendant qu’il est parti.
Mais…que me disiez-vous avant cet incident ?

                                 Lang
Je soutenais, Seigneur, que vous étiez si grand,
qu’il serait impudent et combien trop injuste
de ne pas décerner le beau titre d’Auguste
à votre Majesté dont la figure immense
a tant fait pour sauver et le monde et la France
et que ceci cela tralali tralalère,
blalabli blablablo blablablu blablablère,
taratatitata…………….

 

 

 

 

 

 

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