Alain Broutin

L'ampoule et le bouton

Au plafond d'un réduit d'hôtel
une ampoule mourait d'ennui.
Dans la pénombre elle entendit
l'interrupteur pleurer près d'elle
en répétant : je suis maudit.

Interrupteur, interrupteur,
dis-moi quels sont tes malheurs.
L'interrupteur répondit :
appelle-moi bouton, je ne suis pas grand-chose,
je pleure parce que je t'envie.
C'est sur moi que les doigts se posent
mais c'est toi qui resplendis.

Tu es fou, répondit l'ampoule,
tu ne connais pas ton bonheur.
On te touche, on te tripatouille,
on te caresse et l'on t’effleure.
Mon Dieu, que ça doit être bon,
et tu te plains d'être un bouton.
Si tu savais ce qu’est ma vie
tu n'en aurais aucune envie.

Raconte-moi, dit le bouton.
Quand je suis chaude, dit l'ampoule,
on peut mettre un doigt dans ma douille
car elle est suffisamment large,
ça m’électrise et je décharge.
Mais nul jamais ne me le fait
mis à part une ou deux andouilles
qui d'ailleurs ne font pas exprès.
Dès qu'on m’allume, ça m’excite,
je deviens brûlante et si vite,
que j'intimide, j’effarouche.
Bien que je sois assez branlante
jamais aucun doigt ne me touche,
pas même pour me rajuster,
alors à quoi sert ma beauté ?

Tu souffres donc, dit le bouton,
moi qui croyais...
Dès qu'un doigt viendra me frôler,
je te dirai ce que je sens.
Tu connaîtras tous mes secrets
et dans un ardent va-et-vient,
quand tu seras bien allumée,
tu me confieras tous les tiens.
Dès maintenant je vais t'aimer
car voilà justement quelqu'un.

Un tel amour n'est pas courant,
lui dit l'ampoule en s'éclairant,
et vivement que les jours baissent,
ajouta-t-elle avec tendresse.

Moralité
Les ampoules qui l’ignoraient
grâce à cette histoire apprendront
qu'il existe un gentil bouton,
toujours présent, toujours complice,
qui sait garder bien des secrets,
prêt à rendre bien des services,
…surtout à une ampoule à vis.












 

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