La moule géante

C’était un homme très très viril,
même que son âme était poilue.
Il vivait tout seul sur une île,
seul et tout nu.
C’est très bien, diront les bigotes,
il pratiquait donc la vertu.

Du tout, du tout !
Après une première anecdote
avec un phoque handicapé,
il fit entorse à la vertu
en fréquentant quelques tortues.
Il cherchait toujours les mamelles,
un vieux reste d’hérédité.

C’est avec un poulpe femelle
qu’il connut la sensualité.
Pendant qu’elle le tentaculait,
croyez-vous qu’il reculait ?
Du tout, du tout !
Il se laissait tentaculer, tentaculer,
qu’il craignit fort pour sa santé.

Mais un jour qu’il plongeait en apnée,
il vit, devant lui, balancée par la houle,
une superbe moule,
un grand amour était né.
C’était une moule géante
d’une espèce fort moulinante
qui se reposait, grande ouverte,
d’un fouillis d’algues recouverte.

Il la connut, la reconnut,
mais ils n’eurent aucun enfant
puisque la nature le défend.
En vieillissant, la moule frustrée de descendance
ourdissait de sourdes vengeances.
Dans son bassin, tout près du lit,
elle lâchait des perles de moule
qui n’étaient pas toujours jolies.
Et puis l’amour devint rengaine.
Elle prétexta des migraines,
se referma de plus en plus,
elle se rida, se racornit,
puis elle mourut.
Notre homme usé par le chagrin
vit ses poils tomber un par un.
C’est d’un coup de poisson torpille
qu’il s’éclata sur la coquille.

Moralité
Cette histoire d’eau est si triste
que pas un seul moraliste
n’a voulu la commenter,
donc, pas de moralité.
Mais sachez qu’elle est véridique,
plusieurs témoins, dont un homard
et trois têtards microscopiques
l’ont racontée dans leurs mémoires.

Alain Broutin
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